À certains endroits du Japon, la frontière entre le paysage et le sacré disparaît. Miyajima appartient à ces lieux où l’eau, la montagne et les sanctuaires composent une même respiration. Face à cette île classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, un nouveau ryokan choisit de faire de cette contemplation son premier luxe.

KAI Miyajima
Hoshino Resorts
1-chōme-1-6 Miyajimaguchinishi, Hatsukaichi, Hiroshima 739-0412 – Japan
+81 50 3134 8096
https://hoshinoresorts.com/en/hotels/kaimiyajima/
Crédits photos ©Hoshino Resorts
Impossible d’évoquer Miyajima sans penser au Grand Torii qui semble flotter sur les eaux de la mer intérieure de Seto. Pourtant, réduire l’île à cette image emblématique serait oublier ce qui la rend si singulière. Ici, les marées redessinent les perspectives, les érables gagnent les collines, les cerfs traversent les chemins sans jamais troubler le silence des sanctuaires, tandis que les ferries rappellent que l’approche par la mer fait partie intégrante du voyage.
C’est précisément cette relation entre l’île et son horizon maritime qu’a choisi d’interpréter Hoshino Resorts avec le KAI Miyajima. Implanté à Miyajimaguchi, face au rivage, le ryokan ne cherche pas à rivaliser avec le paysage. Il s’efface devant lui.




Les cinquante-quatre chambres s’ouvrent toutes sur la mer intérieure de Seto. Les plus remarquables, baptisées Umigiri, empruntent leur nom au voile de brume qui apparaît lorsque les eaux plus fraîches rencontrent un air plus chaud.
L’architecture reprend cette idée de frontière mouvante. Les rideaux filtrent la lumière comme une vapeur légère, les matières prolongent les nuances du ciel et les larges ouvertures abolissent presque la séparation entre intérieur et extérieur.
Cette même discrétion guide le choix des artisans. Le denim tissé à Fukuyama rappelle une tradition textile héritée du Bingo Kasuri. Les luminaires en verre d’Aji captent les reflets changeants de la mer grâce à l’intégration de poudre de pierre provenant de Kagawa.
Le papier washi fabriqué depuis plus de quatre siècles diffuse une lumière douce derrière les têtes de lit, tandis que les tables réinterprètent les paniers des pêcheurs de Setouchi. Rien n’est décoratif. Chaque matériau raconte un territoire.





Les bains prolongent cette conversation avec le paysage depuis le dernier étage du ryokan. Orienté plein sud, le bassin extérieur semble se fondre dans la mer intérieure de Seto, offrant une impression d’unité avec l’horizon. À l’inverse, le bain intérieur regarde vers le nord et s’ouvre sur les reliefs montagneux qui encadrent Miyajima. Deux expériences thermales y sont proposées : l’atsu-yu, un bain chaud qui réchauffe le corps en profondeur, et le nuru-yu, plus tempéré, conçu pour prolonger le temps de l’immersion et favoriser une détente progressive.
L’expérience trouve son point culminant avec la renaissance de l’ishiburo, ancien sauna de pierre apparu durant l’époque de Kamakura. Sa chaleur rayonne depuis les parois plutôt que depuis la vapeur, et son entrée volontairement basse oblige chaque visiteur à s’incliner avant d’y pénétrer. Un geste dicté par l’architecture, mais qui résonne étrangement avec le respect qu’inspirent depuis toujours les lieux sacrés japonais.
Le KAI Miyajima accueillera ses premiers voyageurs à partir du 23 juillet 2026. L’information est importante, mais elle paraît presque secondaire. Ce qui marque davantage, c’est la manière dont cette adresse rappelle qu’au Japon, certains hôtels ne sont pas conçus pour attirer le regard. Ils apprennent d’abord à regarder le paysage qui les entoure.