Dans les pas de Marie-Antoinette, une parenthèse signée Mellerio et Ladurée

Le luxe ne s’affiche plus, il se devine. Il tient dans une sensation fugace, un détail presque secret, une mémoire qui affleure sans prévenir. Mellerio et Ladurée convoquent l’ombre vive de Marie-Antoinette et réinventent un art du plaisir où l’ananas devient symbole, et le goût, une forme de langage. Une expérience comme un souvenir incertain – mais dont l’élégance, elle, ne s’oublie pas.


Au XVIIIe siècle, le goût et le beau ne faisaient qu’un – une même discipline, presque une stratégie. Marie-Antoinette en incarne la version la plus libre : un art de vivre où le plaisir s’affirme, où le détail devient langage, où chaque objet raconte une forme de pouvoir feutré. Rien de démonstratif, tout est affaire de sensation.

De cette culture du raffinement subsiste aujourd’hui une empreinte diffuse, que Mellerio et Ladurée choisissent de réactiver. Non pas en la citant, mais en la prolongeant – avec justesse, et sans nostalgie.

Une parenthèse hors du temps

Le 30 mai 2026, l’expérience prend corps dans Paris, comme une échappée élégante hors du présent. Tout commence au 9 rue de la Paix, dans l’intimité feutrée des archives de Mellerio. Là, les siècles se feuillettent à voix basse : dessins anciens, pièces historiques, fragments d’histoires qui racontent une maison restée familiale depuis plus de quatre cents ans – une rareté précieuse.

Puis le parcours glisse vers la rue Royale, chez Ladurée. Changement de décor, mais pas d’atmosphère : le temps semble suspendu autour d’un tea time inspiré des salons du XVIIIe siècle. Rien d’ostentatoire ici, mais une forme de délicatesse assumée, presque confidentielle. L’expérience se vit comme un murmure, une complicité partagée entre histoire, création et plaisir.

L’ananas, ou le luxe en symbole

Fil conducteur de cette rencontre : l’ananas. Étrange choix, pourrait-on croire – et pourtant. Au XVIIIe siècle, ce fruit rare, venu d’ailleurs, incarne à lui seul l’exotisme, la générosité et le prestige. Il orne les décors, inspire les artisans, s’invite sur les tables les plus choisies.

Mellerio s’en empare aujourd’hui avec une liberté maîtrisée. Le motif, déjà présent dans les appartements privés de la reine à Versailles, renaît sous forme de bijoux : charms et boucles d’oreilles aux pierres vibrantes, où la rigueur joaillière se laisse traverser par une fantaisie contemporaine. Une manière de faire dialoguer héritage et désir.

Face à cette interprétation précieuse, Ladurée répond par la gourmandise. Un macaron à l’ananas, édité en série limitée, prolonge le symbole dans une version éphémère. Même idée, autre registre : celui d’un luxe qui se goûte autant qu’il se contemple.

Deux maisons, une même ligne de conduite

Chez Mellerio, l’histoire n’est jamais un poids, mais une matière vivante. Fondée en 1613, la maison demeure aujourd’hui encore indépendante, portée par la même famille depuis quatorze générations. À sa tête, Laure-Isabelle Mellerio insuffle une vision à la fois érudite et sensible, nourrie d’histoire de l’art et d’un regard contemporain. Ses créations ne cherchent pas à impressionner : elles s’imposent par leur justesse.

Ladurée, de son côté, cultive une autre forme de permanence. Depuis 1862, la maison parisienne traverse les époques sans jamais céder à la facilité. Inventrice du macaron tel que nous le connaissons, pionnière des salons de thé, elle incarne une certaine idée de Paris – élégante, hédoniste, légèrement irrévérencieuse. Ici, la tradition n’est jamais figée : elle se réinvente avec légèreté.

L’élégance comme héritage

Ce dialogue entre Mellerio et Ladurée ne cherche pas à recréer le passé. Il en capte l’esprit – ce goût du détail, cette sensualité feutrée, cette manière très française de faire du raffinement une évidence plutôt qu’une démonstration.

À l’heure où tout s’accélère, cette parenthèse a quelque chose de précieux. Elle rappelle que le luxe véritable n’est peut-être rien d’autre qu’un instant suspendu, parfaitement inutile – et donc absolument essentiel.

Crédits photos ©Mellerio, Ladurée

https://laduree.com/https://www.mellerio.fr

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