Quand les objets racontent des histoires : Lola Montes à NOMAD Hamptons

Dans les Hamptons, au sein du Watermill Center fondé par Robert Wilson, l’artiste Lola Montes compose un paysage peuplé de fleurs, de flammes et de céramiques. Une installation où les objets du quotidien retrouvent leur pouvoir de récit.


Artichoke Series, 2025-2026 – Céramique sculptée et peinte à la main – Chaque pièce est unique – Crédits photos ©Lola Montes

Une table en céramique, quelques chandeliers, des miroirs couverts de feuilles et d’artichauts : l’univers de Lola Montes ressemble moins à une exposition qu’à une pièce habitée.

Présentée à l’occasion de la première édition de NOMAD Hamptons, l’installation Flower Flame imaginée par l’artiste Lola Montes transforme l’un des espaces du Watermill Center en une sorte d’intérieur rêvé, entre mémoire méditerranéenne, mythologie et artisanat.

Fondé par le metteur en scène Robert Wilson, le Watermill Center accueille cette année la première édition américaine de NOMAD, rendez-vous itinérant consacré au design de collection et à l’art contemporain. Dans ce lieu consacré à l’expérimentation artistique, la galerie Ashlee Harrison a choisi de présenter l’univers singulier de Lola Montes.

Amphibian, 2022 – Ensemble de 12 carreaux de céramique en terre cuite peints à la main, intégrés dans une table en acier – 76,8 × 161,3 × 121,9 cm | 30 1/4 × 63 1/2 × 48 po – Modèle unique – Crédits photos ©Lola Montes

Dans Amphibian, Lola Montes réinvente le conte de la princesse et de la grenouille comme une méditation sur la transformation féminine. Plutôt que l’histoire d’une femme qui éveille un prince par l’amour, Lola Montes inverse le récit : le baiser devient un acte d’éveil à soi. La rencontre avec l’amphibien ne forge pas un homme, mais une déesse.

Peinte sur douze carreaux de terre cuite émaillée à la main, la composition se déploie comme une fresque de la Renaissance ou un retable, sa surface fragmentée évoquant à la fois l’ornement architectural et la relique archéologique. Une figure féminine émerge d’un paysage fluide de vignes, de fleurs et de formes amphibies, suspendue entre terre et eau, entre le conscient et l’inconscient. La grenouille apparaît non comme un obstacle grotesque, mais comme une créature liminale – un symbole antique de métamorphose, de fertilité et de renaissance.

De tout temps, les amphibiens ont occupé le seuil entre les mondes, capables d’habiter aussi bien la terre que l’eau. Montes s’approprie ce symbolisme pour explorer les moments de transformation dans la vie d’une femme, lorsque l’intuition supplante les attentes et que la connaissance intérieure remplace le mythe hérité. Le conte de fées passe de l’amour romantique à l’initiation : le véritable enchantement ne réside pas dans la rencontre d’un prince charmant, mais dans l’éveil de sa propre nature divine.

L’artiste développe depuis plusieurs années un vocabulaire personnel où les arts décoratifs, la céramique et la sculpture dialoguent librement. Les artichauts deviennent des fleurs, les fleurs se transforment en flammes, tandis que les objets familiers acquièrent une dimension presque symbolique.

Série de peintures sur assiettes uniques, 2021
(Huit œuvres : L’Élue, Intimité, Divinité, Deux Femmes, Praia da Ipanema, Prières, Femmes et Lauriers, Couple) – 27,9 × 4,45 cm – 11 x 1,75 po – Peinture à l’or 24 carats sur céramique émaillée – Crédits photos ©Lola Montes

Les assiettes en céramique peintes à la main prolongent l’exploration de la mythologie personnelle par Lola Montes dans le langage intime des objets du quotidien. Réalisées dans une glaçure cristalline turquoise lumineuse et ornées de délicats dessins au trait doré, chaque assiette devient une vignette poétique où amants, créatures mythologiques et figures symboliques semblent flotter à sa surface comme des fragments de rêve.

Inspirées par l’univers lyrique de Jean Cocteau, ces œuvres se lisent comme des déclarations d’amour visuelles au poète, cinéaste et artiste. Des figures flirtent à travers des volutes de fumée, s’enlacent, se métamorphosent et se dissolvent, suspendues entre désir et souvenir avec l’élégance naturelle d’un trait continu. La sobriété des dessins dorés contraste avec la profondeur du bleu méditerranéen, évoquant à la fois les céramiques antiques et la spontanéité fluide d’un carnet de croquis.

Au centre de l’installation se trouve Amphibian, une table en céramique peinte à la main qui tient autant du mobilier que du décor. Autour d’elle prennent place des miroirs ornés de feuillages, des reliefs en terre cuite peuplés de figures mythologiques, des candélabres et des vases qui semblent appartenir à une maison imaginaire.

L’ensemble évoque moins une exposition qu’un intérieur habité. La table devient une scène, le mur une fresque et les objets des témoins silencieux de repas, de récits ou de cérémonies domestiques.

Le titre Flower Flame résume cette dualité. La fleur évoque la croissance, la beauté fragile et le cycle des saisons. La flamme rappelle le rituel, la transmission et la lumière. Entre ces deux images se déploie l’univers de Lola Montes, où les objets ne sont jamais de simples éléments décoratifs mais des supports de mémoire et d’imaginaire.

Dans ce décor éphémère installé au cœur des Hamptons, l’artisanat, la mythologie et l’art de recevoir se rencontrent. Une manière de rappeler que certaines créations ne cherchent pas seulement à être regardées, mais à être habitées.

Chaque tabouret de la série Schnabel est le vecteur d’une technique traditionnelle réinventée : les images rayées et coulées en ciment coloré s’inspirent de la tradition Sgraffito de l’Engadine, où les gravures décoratives dans la pierre et le ciment ont longtemps orné les façades des maisons et des rues.

Ici, la méthode prend une dimension plus intérieure : ce sont des associations libres issues de l’imagination de l’artiste, dans lesquelles les formes humaines se fondent dans l’esprit, la terre, l’eau, les nuages et les animaux. Un souffle de vent parcourt chaque scène, un choix délibéré de l’artiste qui apporte de la légèreté à un objet au poids physique certain.

Chaque pièce est coulée dans du ciment coloré versé dans un moule autour d’une fine structure métallique intérieure, et pour cette exposition, dans une palette de bleu céruléen, de mauve, de jaune et de terra verde.

Artichoke Series, 2025-2026 – Crédits photos ©Lola Montes


Artichoke Series, 2025-2026
Pour ses candélabres Carciofi, Lola Montes souhaitait approfondir le concept de la castration : il faut castrer le premier artichaut de chaque plant pour que les autres puissent pousser. Lola trouvait ce geste poétique et précoce, notamment comme métaphore de l’amour, car on se pique en essayant d’atteindre le cœur. Les œuvres évoquent l’amour, le sacrifice et l’abondance.

Chacune est unique, faisant écho aux études botaniques maniéristes et à la sculpture dévotionnelle. Cette édition présente des Carciofi par paires, triplés et quadruplés : tels des bourgeons jaillissant d’une même racine.

L’atelier de Lola Montes, situé à l’extrême sud de la Sicile, est un espace cerné de caroubiers et de pierres qui reflètent une énergie ancestrale. Les pièces de cette collection « Cultiver contre Nature » ​​s’inscrivent dans la tradition céramique : des artistes comme Miró et Fontana se sont réapproprié ce matériau en y insufflant leur propre fantaisie.

Crédits photos ©Lola Montes

Wall lamp « Artichoke », 2026
Céramique biscuit sculptée et peinte à la main
36,5 x 36 x 8 cm – 14,4 x 14 x 3 pouces – (n° 1)

Sculptées et peintes à la main, les appliques murales « Artichoke » transforment une forme naturelle en un objet à mi-chemin entre l’étude botanique et l’objet rituel.

L’artichaut, avec ses couches superposées, son enveloppe protectrice et son cœur dissimulé, est une métaphore appropriée du potentiel caché.

La lumière émane de l’intérieur de la forme, comme s’il y avait quelque chose de vivant derrière la surface.

Nomad Hamptons
Tent booth P 1
The Watermill Center
39 Water Mill Towd Rd, Water Mill, NY 11976
Jusqu’au 28 juin 2026
https://www.nomad-circle.com

Crédits photos ©Lola Montes

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