À Paris, les maisons de ventes naissent rarement dans l’indifférence. Plus rarement encore lorsqu’elles choisissent de s’installer loin des itinéraires attendus. Fondée par la commissaire-priseur Élodie Beriola et le conservateur d’œuvres d’art Augustin Lepage, Artello fait son entrée dans le paysage des enchères avec une ambition assumée : replacer les collections, leurs histoires et leurs transmissions au centre du récit. Sa première vente, organisée le 30 juin 2026 à l’Hôtel Drouot, donne le ton.


Les maisons de ventes racontent souvent les objets. C’est sur ce terrain qu’Artello choisit de faire son entrée dans le paysage parisien. Fondée par la commissaire-priseur Élodie Beriola et le conservateur d’œuvres d’art Augustin Lepage, la nouvelle maison ouvre son parcours avec l’histoire d’un ensemble réuni au fil des décennies dans un intérieur parisien, loin des effets de mode comme des logiques spéculatives. Avant les enchères, c’est d’abord un regard qu’elle donne à découvrir.
Installée rue Alexandre-Dumas, dans le XIe arrondissement, la jeune maison ne cherche pas à reproduire les codes établis. Son ancrage raconte déjà une autre géographie du collectionnisme parisien : celle d’un quartier où se croisent antiquaires, ateliers, galeries, artisans et amateurs éclairés. Une adresse qui ressemble davantage à un lieu de découverte qu’à une institution installée.

Derrière cette nouvelle enseigne, deux parcours complémentaires. D’un côté, Élodie Beriola, commissaire-priseur rompue aux ventes d’art, de design et de collections privées. De l’autre, Augustin Lepage, conservateur-restaurateur et antiquaire, dont le regard se porte autant sur la matière que sur l’histoire des œuvres. Une association qui traduit une conviction simple : avant de devenir un résultat d’enchères, un objet demeure d’abord un témoin, un fragment de goût, parfois même un héritage affectif.
« Collections parisiennes & Design » : une première vente comme une déclaration d’intention
« Cette vente raconte une collection vécue au quotidien pendant des décennies. C’est exactement ce qu’Artello veut défendre : replacer les œuvres dans leur récit humain, et donner à chaque collection la vente qu’elle mérite. »
Élodie Beriola, commissaire-priseur fondatrice d’Artello
Pour sa vacation inaugurale à l’Hôtel Drouot, Artello ne choisit ni le spectaculaire ni la surenchère médiatique. Intitulée Collections parisiennes & Design, la vente rassemble 323 lots et s’articule autour d’un principe devenu presque rare : raconter des ensembles avant de vendre des objets.
« De César à Télémaque » : le titre de la première partie dévoile la collection familiale constituée au fil de plusieurs décennies. Une collection qui n’a jamais été pensée pour le marché. Plus de cent œuvres réunies par affinités successives, découvertes, rencontres et coups de cœur. Le bronze dialogue avec le collage, les signatures majeures côtoient des acquisitions plus confidentielles. Parmi elles, des œuvres du sculpteur César, du peintre Hervé Télémaque, des artistes Alina Szapocznikow, Jean Hélion ou encore Geer van Velde. L’intérêt de cet ensemble réside moins dans l’accumulation de noms que dans la cohérence d’un regard. Rarement présentée dans son unité, cette collection apparaît aujourd’hui comme le portrait discret de ceux qui l’ont façonnée.
Quand le design rejoint l’art de collectionner


Céramiques d’après-guerre, présentées par ensembles, et chemise de Pavlos (lot 132) et vase Pesce (lot 285) – Crédits photos ©Artello / Christian Baraja / Xavier Defaix, 2026
La seconde partie de la vente confirme l’une des orientations fortes d’Artello : faire du design et des Arts décoratifs un territoire de collection à part entière. Mobilier d’auteur, céramiques d’après-guerre et créations du XXe siècle composent un ensemble où les disciplines se répondent naturellement. Des ensembles soigneusement sélectionnés, issus de collections parisiennes : les tableaux d’un collectionneur parisien (André Hambourg, Jean Le Moal…), le mobilier d’une professionnelle du design depuis quarante ans. Des pièces signées Frank Lloyd Wright ou Shao Fan côtoient des œuvres plus confidentielles, choisies pour leur singularité plutôt que pour leur notoriété.
Une place particulière est accordée à la céramique, domaine dans lequel Élodie Beriola a construit une expertise reconnue. Les créations de Jacques et Dani Ruelland y occupent notamment une position de choix. Leurs formes épurées, sublimées par des émaux aux nuances complexes, incarnent cette esthétique discrète qui séduit aujourd’hui autant les collectionneurs que les décorateurs.
Plus qu’un segment de marché, la céramique apparaît ici comme un langage à part entière, à la croisée de la sculpture, de l’art décoratif et de l’objet domestique.


Le goût des curiosités
Toute collection raconte aussi ses écarts. Artello réserve ainsi quelques surprises qui rappellent que les enchères demeurent un territoire de récits autant que de valeurs. Parmi elles, un mégot de cigare attribué à Orson Welles, conservé dans une bobine de film métallique et présenté comme ayant été fumé lors du montage de F for Fake en 1972. Une pièce presque absurde, délicieusement cinéphile, dont l’intérêt tient autant à l’objet qu’à l’histoire qu’il véhicule.
Plus loin apparaît une robe Delphos de Mariano Fortuny, réalisée à Venise dans les années 1920. Avec sa soie plissée, sa silhouette révolutionnaire et ses perles de verre de Murano, elle rappelle combien certaines créations dépassent la mode pour entrer dans le patrimoine culturel.
Une maison de ventes pensée comme un atelier
La singularité d’Artello se niche peut-être ailleurs. Dans le lien direct entretenu avec l’atelier de restauration et de dorure dirigé depuis dix ans par Augustin Lepage.
Cette proximité permet d’apporter aux collectionneurs un niveau d’information rarement aussi visible dans l’univers des enchères. Pour certaines œuvres, les rapports de condition s’accompagnent même d’estimations de restauration établies par l’atelier. Une démarche de transparence qui témoigne d’une attention portée autant à la conservation qu’à la transaction.
À l’heure où une nouvelle génération d’amateurs découvre le marché de l’art avec des attentes différentes, plus informées et souvent plus exigeantes, cette approche pourrait bien constituer l’une des signatures de la maison. Car derrière son premier coup de marteau, Artello semble surtout vouloir défendre une idée du collectionnisme : celle où l’objet conserve sa mémoire, où la transmission compte autant que la vente et où chaque collection mérite encore d’être racontée avant d’être dispersée.
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Informations pratiques
Vente : mardi 30 juin 2026 à 13 h 30, Hôtel Drouot, salle 7 (9, rue Drouot 75009 Paris)
Expositions publiques : samedi 27 et lundi 29 juin, de 11 h à 18 h.
Enchères : en salle, par téléphone, par ordre d’achat et en direct sur Drouot Live ; Invaluable
Catalogue en ligne : www.drouot.com et www.artelloencheres.com
Experts : Cabinet Chanoit (tableaux modernes), René Millet (tableaux anciens), Lacroix-Jeannest (sculptures & collections), Cabinet Ansas Papillon & De Lery (arts d’Asie), Studio 9h10 (photographies)